Héritage précolonial
L’arabe n’est pas une langue importée par les colonisateurs européens. Bien avant le XVe siècle, nos ancêtres priaient, étudiaient, écrivaient, soignaient et rendaient la justice en arabe. Dès cette époque, le royaume du Ouaddaï utilisait l’arabe comme langue de science, de commerce, de religion et de diplomatie. Ses ambassades entretenaient des relations avec la Libye, l’Arabie saoudite, l’Empire ottoman (La Turquie), l’Égypte, le Niger, le Nigeria etc…
Le Ouaddaï était aussi un centre d’apprentissage de la religion musulmane en Ababe : des Nigérians, des Nigériens, des Maliens, des Mauritaniens y venaient d’abord à Ouara puis Abéché pour étudier la religion Musulmane en langue arabe, ce qui explique la présence durable de quartiers comme Zaribé Borno, Zaribé Bambara, Zeribé Haoussa etc… à Abéché. Cette mémoire est gravée dans nos manuscrits anciens rédigés en arabe et parfois en turc.
Héritage colonial et rejet
Certains compatriotes rejettent aujourd’hui l’arabe et l’islam, héritant d’un réflexe inculqué par le colon français : diviser, franciser, effacer. La colonisation a imposé le mépris des langues locales, pas seulement l’arabe pour mieux dominer. Ce rejet se perpétue parfois au nom d’une “modernité” mal comprise. Il est essentiel de distinguer colonisation et civilisation comme l’a dit le Sénateur Abderaman Khoulamalla.
L’introduction de l’arabe dans l’école française au Ouaddaï
En 1935–1936, le Sultan Mahamat Ourada proposa d’intégrer l’enseignement coranique dans les écoles françaises du Ouaddaï. Cette initiative visait à convaincre une population profondément traumatisée par la guerre coloniale (1900–1909), notamment la prise d’Abéché le 2 juin 1909, ainsi que par l’épisode sanglant du “coupé-coupe” de 1917. Ces événements avaient nourri une méfiance généralisée envers l’école française, perçue comme une menace pour la religion musulmane et comme un vecteur possible d’introduction du christianisme dans le Ouaddaï.
Face à ce rejet, le Sultan Mahamat Ourada développa une stratégie pragmatique : associer l’enseignement coranique à l’école française afin de rassurer les familles et de les inciter à y envoyer leurs enfants. Cette décision permit d’introduire, pour la première fois, l’enseignement de la langue arabe dans le système scolaire tchadien.
Le premier enseignant d’arabe recruté par les Colons fut Faki Manoufi Hassabal-Kerim, Père de Mr Komma Manoufi (tél 66576367), Brahim Manoufi etc…, à l’école régionale du Ouaddaï (actuelle école des Sœurs d’Abeché au sein même de l’église du Foyer). Parmi ses élèves figuraient Rahama Saleh, Mahamat Abdelkrim de Goz-Beida, Tahir Abdel-Djelil, Ouchar Tourgoudi, Outman Issa, Moussa Mahamady, Mahamat Khoursal-Dahab, Naïm Sabit, Habib Sabit, Naïma Sabit, Ahmat Sanoussi Wadak etc…. Tous sont décédés sauf Naïma Sabit, survivante actuelle.
Ainsi, Mahamat Ourada fut la première autorité tchadienne à initier l’enseignement de l’arabe dans l’école coloniale, Faki Manoufi Hassabal-Kerim fut le premier Enseignant de la langue Arabe à l’école Publique Tchadienne et Abéché en fut le berceau de la langue Arabe au Tchad.
Expansion dans les années 1950–1960
En 1952, l’inspecteur de l’enseignement primaire, un français Mr Dimrace recruta de nouveaux enseignants pour l’école du Centre d’Abéché et les instituts arabes Boustanal Arine et Am-Siego. Parmi eux : Faki Ahmat Abdelkrim (Bineye), Faki Ahmat Khayar, Faki Djabal, Faki Abderaman Doutoum, Faki Ahmat Abdoulaye, Faki Atteib Dahab, Faki Abdoulaye Kadjanaye, Faki Ahmat Djarma, Faki Boukhari, Faki Moustapha, Faki Ibrahim Djabaye, Faki Mahamat Ali Maarouf etc…..
Après l’indépendance en 1960, une nouvelle vague d’enseignants fut recrutée, à la tête de liste Faki Adam Barka. L’arabe s’élargit alors à l’échelle nationale, et une Direction de l’enseignement arabe fut créée. Elle fut d’abord confiée à un Afghan, Mr AKARI pour acquérir l’expérience de son Pays sur l’enseignement de la langue arabe. À la fin du contrat de ce dernier le Président de la République Mr Tomvalbaye a confié cette Direction de l’enseignement Arabe à des Ouaddaïens : Abderaman Fox puis Habib Doutoum. Ce choix des Ouaddaens comme Premiers Directeurs de l’enseignement Arabe au Tchad reflète l’origine ouaddaïenne de l’enseignement arabe au Tchad.
Nous exprimons également notre profonde gratitude au Ministère de l’Éducation nationale, en particulier au Dr Mahamat Ahmat Alhabo, pour sa décision historique de rendre obligatoire l’enseignement de la langue arabe dans l’ensemble des établissements scolaires tchadiens dès la prochaine rentrée scolaire. Cette mesure marque une étape essentielle dans la valorisation de notre patrimoine linguistique et culturel, et contribue à renforcer l’égalité entre nos deux langues officielles, l’arabe et le français, dans le système éducatif national.
Conclusion
- L’arabe est une langue enracinée dans l’histoire précoloniale du Tchad, bien avant l’arrivée des Européens.
- Le Ouaddaï fut le centre de sa diffusion, à la fois scientifique, religieuse et diplomatique.
- Son introduction dans l’école française fut une initiative locale du Sultan Mahamat Ourada, et non une imposition coloniale.
- Les premiers enseignants et directeurs de l’enseignement arabe étaient majoritairement des Ouaddaïens, témoignant du rôle fondateur de cette région.
Récit Rédigé à Ndjamena le 24 avril 2026, par Mr Yacoub Saleh Mahamat Ourada
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L’analyse historique présentée dans cet article permet de dégager plusieurs conclusions :
La langue arabe possède au Tchad des racines précoloniales profondes, antérieures à la présence européenne, notamment dans le Ouaddaï où elle fonctionnait comme langue de gouvernance, de science et de religion.
Son introduction dans le système scolaire public fut le résultat d’une initiative locale, portée par le Sultan Mahamat Ourada, dans un contexte de négociation avec l’administration coloniale — et non d’une imposition extérieure.
L’institutionnalisation progressive de l’enseignement arabe après l’indépendance a été assurée en grande partie par des cadres originaires du Ouaddaï, région pionnière dans ce domaine.
La décision récente du Ministère de l’Éducation nationale s’inscrit dans la continuité de ce processus historique, tout en répondant à un impératif d’équité entre les deux langues officielles du pays.